La schizophrénie

Schizophrénie

La schizophrénie est une maladie psychique appartenant à la psychose et début généralement à la fin de l’adolescence.

 Définition :

Le terme « schizophrénie » a été introduit par Bleuler en 1911 malgré Kraepelin qui parlait plutôt de « démence précoce ». L’accent est alors mis sur la dissociation de l’esprit, une fissure. Elle apparait le plus souvent après l’adolescence. Il existe autant de formes de schizophrénies qu’il existe de schizophrènes. Cela vient du fait que l’étiologie semble multiple dans cette pathologie, il en découle alors un diagnostic délicat, voir incertain et un pronostic flou.

Jean Laplanche et Jean-Bernard Pontalis (1992) dégagent les caractéristiques de la schizophrénie comme l’incohérence de la pensée, de l’action et de l’affectivité (discordance, dissociation, désagrégation), le détachement à l’endroit de la réalité avec repli sur soi et prédominance  d’une vie intérieure livrée aux productions fantasmatiques  autisme), une activité délirante plus ou moins marquée, toujours mal systématisée. Enfin, le caractère chronique de la maladie, évoluant selon les rythmes dans le sens d’une « détérioration » intellectuelle et affective, aboutissant souvent à des états d’allures démentielles.

 Différentes formes de la schizophrénie

  • La schizophrénie paranoïde :

Le délire paranoïde y est prédominant et accompagné de discordances, et dont les thèmes représentent la persécution et l’influence. On peut noter des expériences de dépersonnalisation, des expériences de transformation corporelle. L’expérience délirante peut difficilement être racontée par le sujet car il ne s’agit pas d’une histoire  mais de multiples fragments d’histoires mis bouts à bouts, enchevêtrés et contradictoires selon Gimenez et Pedinielli (2004). A ceci s’ajoute des troubles du cours de la pensée comme les troubles du raisonnement, du langage, de la cohérence de la pensée, des troubles de comportement en rapport avec les thèmes du délire (influence, persécution, grandeur, référence, hypocondrie, négation, mysticisme, érotomanie, hallucinations etc…)

  • La schizophrénie hébéphrénique :

Il y a une dominance du syndrome dissociatif avec discordance idéique et verbale, indifférence affective, apragmatisme. Le délire est absent ou peu exprimé. Les troubles de la pensée s’accentuent avec l’installation d’un état déficitaire suivi de troubles de l’affectivité et du caractère (repli social), une apathie et une hostilité face à l’environnement social. Nous notons aussi une perte des intérêts (aboulie), une inertie, des actes impulsifs, des intérêts soudains pour des sujets ésotériques, mystiques, abstraits, symboliques, religieux.

  • La schizophrénie catatonique :

Le syndrome dissociatif se repère dans la sphère de la psychomotricité ainsi que l’inertie, maniérisme, stéréotypies motrices et négativisme. Cette typologie se manifeste par une immobilité et de mutisme presque total avec occasionnellement des attitudes d’oppositions ou des attitudes d’obéissances automatiques.

  • La schizophrénie résiduelle :

Elle représente la forme évolutive de la pathologie. Elle se caractérise par un émoussement des symptômes les plus bruyants (délires, hallucinations). Les affectes semblent peu présents, lointains, le discours est pauvre et le patient est souvent passif.

Symptômes: 

Selon le  DSM IV (1994), la schizophrénie est une pathologie qui dure au moins six mois et inclut au moins un mois de symptômes de la phase active, soit des manifestations comme les idées délirantes, hallucinations, discours désorganisés, comportement grossièrement désorganisé ou catatonique, symptômes négatifs .

« Les symptômes caractéristiques de la  schizophrénie impliquent une série de dysfonctionnements cognitifs et émotionnels qui incluent la perception, la pensée déductive, le langage et la communication, le contrôle comportemental, l’affect, la fluence et la productivité de la pensée et du discours, la capacité hédonique, la volonté, le dynamisme et l’attention. » p322.

Ainsi le diagnostic suppose une constellation de ces caractéristiques associés, une altération du fonctionnement social et des activités. Concernant l’évolution, elle est en majorité lente avec un développement graduel des signes et des symptômes.

Le docteur Pierre Lalonde et collaborateurs (1995) référencent dans leur ouvrage la définition de la schizophrénie de Schneider de 1957 mettant en place une série de symptômes typiques :

  • La perception délirante ou idée de référence : le patient acquiert la conviction qu’une observation anodine prend une signification personnelle majeure.
  • Délires de contrôle: le patient n’a plus le contrôle de ses paroles ni de ses désirs car il est convaincu que ses pensées et actes sont influencées par une force supérieure.
  • Sentiments délirants d’étrangeté: le patient est très intrigué et mal à l’aise parce qu’il sent que quelque chose d’inhabituel survient dans l’environnement et que cette activité le concerne.
  • Pensées imposées ou automatisme de la pensée: les pensées qui surgissent dans l’esprit du patient ne proviennent pas de sa propre activité mentale mais sont plutôt gouvernées par une source étrangère.
  • Divulgation de la pensée : le patient sent que ses pensées quittent sa tête pour se diffuser comme à la radio, il ne peut même plus contrôler ses pensées les plus intimes.
  • Vol de la pensée: ce symptôme ressemble à un blocage du cours de la pensée où le flot du discours s’interrompt brusquement, le patient se sentant l’esprit vide et ayant l’impression qu’on lui a retiré les pensées de la tête.
  • Echo de la pensée: le patient entend sa pensée exprimée à voix haute dans sa tête ou bien il entend sa pensée qui est répétée comme un écho.
  • Hallucinations auditives: cette hallucination selon Schneider a ceci de particulier que le patient entend une voix ou plusieurs voix qui parlent de lui à la troisième personne, ou bien il s’agit d’une voix qui commente ses pensées et ses actions.
  • Expériences corporelles passives, hallucinations coenesthésiques: le patient attribue à une influence extérieure une sensation sur sa peau ou dans son corps.

Stigmatisation 

La schizophrénie est l’une des maladie qui cumule le plus de préjugés et sa représentation est souvent mise à mal par les médias.. Récemment un documentaire a d’ailleurs été tourné avec pour titre éloquent  » chez les fous les plus dangereux » !

Les malades sont alors représentés comme inhumains, violents, dangereux, imprévisibles, meurtriers, pédophiles…etc.

L’étude Indigo publiée en 2009 a interrogés les personnes schizophrènes afin de mettre en avant leurs ressentis. La plupart se sentent rejetées, dévalorisées, avec une faible estime de soi.  Cette stigmatisation entraîne une discrimination sociale: accès à l’emploi, au logement, à la vie sociale.

Quelques idées reçues: 

 » les schizophrènes ont une double personnalité »

Reprenons le concept de personnalité : ensemble des comportements et attitudes qui caractérisent une personne ( dictionnaire de la langue française ). La personne schizophrène est soumise à des hallucinations, perd le contact avec la réalité, a des sentiments de persécutions… mais sa « personnalité » lui est propre comme à toute personne. Elle ne dispose pas de plusieurs personnalités mais d’une seule qui est clivée et influencée par les symptômes de la maladie.

« les schizophrènes sont dangereux »

Les personnes schizophrènes sont plus vulnérables que dangereuses et se retrouvent souvent plus victimes que l’inverse. L’arrêt d’un traitement et/ou l’usage de stupéfiant favorisent néanmoins des comportements négatifs où les personnes peuvent se mettre elles même en danger.  Afin de limiter les comportements hostiles des malades, l’entourage peut se faire soutenir et accompagner par des associations telle que l’Unafam afin d’apprendre à interagir avec la personne de façon appropriée.

 » Les schizophrènes délirent »

Certes, mais pas en continu. Ils sont effectivement confrontés à des délires de persécution, des délires mystiques et mégalomaniaques, ils se retrouvent en souffrance face à un entourage qui ne les comprend pas toujours, qui refuse sa réalité ce qui augmente les comportements d’hostilité. Il peut être maladroit de dire à la personne qu’il est dans le faux puisque c’est sa subjectivité, sa réalité et sa manière de ressentir.

Artistes-peintres atteints de schizophrénie : 

Sylvain Fusco

Salvador Dali

Vincent Van Gogh

Récit illustré sur émergence de la schizophrénie :

 L’éclipse d’un ange

 

 

Alexander, K. (1995). Manuel de schizophrénie: Enseigner à l’entourage les 14 principes pour faire face. Australie: Inc.

Alexander, S. (2011). Le couple ongle. France: Édition les Arennes.

 J. (2000). Les troubles schizophréniques. Belgique: De Boeck Université.

 Kohl, F-S. (2006). Les représentations sociales de la schizophrénie. Paris : Masson

Sechehaye, M-A. (2000). Journal d’une schizophrène. Paris: puf

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