La semaine pour l’emploi

La semaine pour l’emploi des personnes handicapées, 18 au 24 novembre

Crée en 1997 par l’ADAPT, association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées, cette semaine vise à sensibiliser le plus grand nombre à la problématique de l’insertion des personnes handicapée dans le monde de l’emploi, et ce par le biais de rencontres entre les différents acteurs  ( associations, entreprises, usagers).

Pour en savoir plus, par ici 

Un clip qui casse les idées reçues

Ce que dit la loi :

C’est le 23 novembre 1957qu’apparait la notion de travailleur handicapéLe 30 juin 1975, la Comission technique d’orientation et de reclassement professionnel COTOREP a pour mission la reconnaissance du handicap et l’aide au reclassement professionel. Le 10 juillet 1987, les entreprises d’au moins 20 salariés ( administrations de l’Etat, établissements publics à caractère scientifique, la technologie ou culturel ) ont l’obligation d’emploi de 6% de l’effectif salarié au bénéfice des travailleurs handicapés. La loi de 2005 vise l’égalité des droits et des changes , la participation et la citoyenneté des personnes handicapées  en particulier dans le domaine de l’emploi ( comme promouvoir l’accès aux dispositifs de droit commun

Le travail protégé

Outre les entreprises en milieu ouvert, il existe des structures médico-sociales accueillant des travailleurs handicapés qui ne peuvent pas intégrer une entreprise en milieu ouvert. Les ESAT sont des instituions médico-sociales qui proposent l’aménagement d’une vie sociale et professionnelle via un soutien social, médical, éducatif et psychologique pour les travailleurs.

Qu’est ce qu’un ESAT ?

L’ESAT, une médiation thérapeutique par le travail ?

J’ai monté en 2013 un groupe d’expressions des usagers en ESAT, le but étant de donner de l’importance à la parole des ouvriers afin qu’ils contribuent au projet de l’établissement, leur faire confronter leurs idées, leur proposer un espace et un temps d’expression , d’échanger, mais surtout rendre compte de leurs capacités en tant que personne/travailleur intégré. Les dires des ouvriers pendant les séances de groupe ont permis d’en ressortir plusieurs apports de la médiation par le travail.

En effet pour les travailleurs en situation de handicap, le travail en ESAT les cadre, les structure et les soutien (de par l’activité et les moniteurs) en instaurant des règles précises d’organisation. Il permet aussi de canaliser et contrôler les humeurs par son aspect occupationnel et cadrant.

Il permet une ouverture sociale, de sortir de la solitude et de la dépression : Spécifiquement à l’ESAT, le travail permet l’intégration et la sécurité de l’emploi et peut palier à l’angoisse d’être rejeté et abandonné. Travailler en ESAT amène à un statut socialqu’ils ne peuvent avoir en milieu ordinaire car l’accès au travail leur est difficile.

Le travail en équipe est également apprécié. Il permet l’accès à l’autonomie financière, physique et psychique. Il est gratifiant autant sur le plan narcissique que matériel (argent). Les notions d’épanouissement personnel et professionnel sont évoquées en termes de maturation, d’évolution, de dépassement de soi, d’intégrité.

En revanche cette médiation suppose de mettre en lumière les capacités des ouvriers, mais aussi leurs difficultés intellectuelles et psychiques, qui peuvent être source d’angoisse. Dès lors, les ouvriers peuvent être envahis et le travail démobilisé. Le non travail amenant alors à l’inactivité, l’ennui, et peut provoquer un état de dépression d’où l’importance d’un suivi médico-social et psychologique pour les travailleurs en ESAT. De manière plus approfondi, le travail en ESAT, sous l’aile des moniteurs renvoient les ouvriers aux phases archaïques et posent la question de la séparation, de l’instauration des règles de vie (Surmoi), du fantasme de l’Idéal du Moi (devenir un travailleur efficace), de la maitrise des pulsions du ça… etc.  Je pense à Mme S Mlle E, M.C et M.S qui ont évoqués à plusieurs reprises l’autorité de leurs moniteurs dans une volonté latente de se voir poser des limites dans leurs passages à l’acte (se cacher pour éviter de travailler, bavarder, agresser un ouvrier, être dans la contradiction permanente avec le moniteur…etc donc aller contre le règlement).

Dans leur ouvrage, Arveiller et Bonnet (1991), mettent en évidence les bienfaits du travail comme l’ordre, la tranquillité, la discipline, l’aspect sédatif, la canalisation de l’energie, une fatigue bienfaisante. Ils s’inspirent des écrits de  Ramadier (1911):

Le travail facilite le bon fonctionnement des organes, favorise le développement du corps, calme  l’excitation, assure un sommeil réparateur, combat les habitudes d’onanisme que développe l’oisiveté. Au point de vue mental, il contribue à fixer l’attention, à discipliner l’esprit, entraîne à l’effort, utilise et met en valeur les rudiments des facultés » (Ramadier, cité dans Areiller et Bonnet, 1991, p. 41).

Trois domaines émanent : productif, thérapeutique et récréatif. Selon les auteurs, le travail est une thérapeutique, en termes de soins (le travail manuel ont des répercussions physiques ou physiologiques, il modifie la circulation des humeurs, lutte contre les toxines…etc), au niveau psychique le travail distrait les phénomènes morbides des maladies psychiques. Le travail est aussi une réadaptation à l’ordre et d’équilibre en tant qu’éléments positifs de bien être, de tranquillité. Le travail « ramène l’ordre dans les idées » (Arveiller et Bonnet, 1991, p. 49). Ainsi, au travers des ateliers en ESAT, des clubs, la vie sociale en institution, les personnes ouvrières développent leurs capacités techniques, gestionnaires, culturelles, civiques. Je pense alors à Mlle E qui évoque que le travail et son cadre la canalisent, la calment, M.D parlera plutôt d’épanouissement personnel.

Le travail prend une valeur communautaire et facilite le processus d’humanisation et de réintégration. Les auteurs posent la question de la position du travail dans le processus de guérison. En effet il s’agit de se positionner sur le travail comme « guérison sociale » ou « guérison mentale », question autour de laquelle ont émanés de nombreux débats de la loi 1975. Le soin est alors un préalable où l’équipe thérapeutique s’occupe du soin, dans laquelle la valeur sociale du malade n’en dépend pas. Les ateliers protégés (aujourd’hui entreprise adaptée), les Centre d’aide par le travail (ESAT) et les centres de réadaptation professionnelle ont un but commun : la réinsertion sociale où le travail est défini comme outil, critère et motif de réinsertion. Je pense alors à M.L et Mlle N qui évoquent à plusieurs reprises le travail en équipe, la collectivité qui leur est positif et important au sein de l’ESAT.

Selon Ducret-Garcia Anne (2011) , le travail en ESAT pose la question du travail comme élément de statut social et de construction identitaire en s’appuyant sur Sainsaulieu (1977) et Dubar (1991)  qui montrent que le travail est un lieu de socialisation, procède à la formation de l’identité individuelle et collective (en effet le handicap a souvent fait écran à cette construction  et ont mis les sujets en dehors des structures sociales  pourvoyeuses d’identité (école, vie de famille, citoyenneté…)

Axes à valeur thérapeutiques qui  peuvent en découler selon Arveiller et Bonnet (1991).

Une valorisation narcissique : en effet, le travail peut être investi comme denrée rare et comme choix de vie. Rien n’oblige le malade à travailler, les mesures d’assistances sont telles qu’il ne s’agit pas une nécessité matérielle. Le travail en tant que choix personnel devient un élément de valorisation. Chassang (1987)  met en évidence  que le  signifiant travail est conservé et porteur «  dans la mesure où, pour le sujet, ce n’est pas tant à sa réalité concrète que nous nous référons, encore que ce soit le plus utilisé dans notre action, qu’à ses ramifications dans l’inconscient de chaque sujet en tant qu’un individu et en tant que partie du corps social. Sur le plan social, l’image de la représentation du travail est une image forte d’autant plus que la denrée est rare. Et même si nous estimons que le candidat a peu de chances d’être inséré professionnellement, au nom de quel droit le dépouillerions-nous de ce signifiant, qui nous paraît être un moment fécond d’un possible changement ? » (Chassang, cité dans Arveiller et Bonnet, 1991, p. 45). Pour Escudero (1990), il s’agit d’un positionnement personnel, d’une reconquête de l’espace du « Je ».

Le deuil de la maladie : l’ESAT est le lieu de transition entre le statut de malade et celui d’homme social, au travers de celui de travailleur. En effet, l’ancien malade va bénéficier d’un nouveau statut, d’un nouvel environnement, où il passe à la fonction passive d’assisté à une fonction où il s’autonomise. M.C parlera à plusieurs reprises de sa vie quand il ne pouvait pas travailler. Sa maladie (sida)  et son handicap l’avait plongé dans la dépression et l’alcoolisme pendant une dizaine d’années. Il évoque cette période comme un isolement, une période de vide où il était particulièrement seul.

Arveiller et Bonnet (1991) mettent en évidence plusieurs aspects du travail :

  • Le travail comme accès à l’autonomie : vécue dans sa dimension financière, elle entraine la satisfaction. Mlle C l’a évoqué à plusieurs reprises (photo de l’argent, se faire des cadeaux, faire plaisir aux amis.)
  •  Le travail comme passe-temps : il évite l’ennui et la solitude. (Mlle N et M.L en parlent)
  •  Le travail comme condition d’accès au temps libre, et non plus de perte de temps, aux loisirs.
  • Le travail comme accès à la consommation, où le sujet n’est plus exclu et dispose de moyens financiers (payer son logement selon M.C)
  • Le travail comme accès à un statut social. En effet il permet d’avoir une situation amenant à s’individualiser en tant que personne ayant un rôle et un statut social, en étant inclue dans la communauté, et en développant ses relations sociales.

Le travail est alors moins représenté par son contenu, ses caractéristiques et ses conditions souvent mal supportées, que par ce qu’il permet d’échapper (le vide, la solitude, la précarité) et ce qu’il procure indirectement. Je retrouve ces aspects dans les dires des travailleurs pendant les séances de groupe.

Jeammet  dans l’ouvrage de Chouvier (2004) amène la place des médiations pour le public adolescent mais je pense qu’il est possible de transposer ses idées au niveau de la population en ESAT.  En effet, il met l’accent sur l’environnement en tant que médiation et ouverture au tiers, soit ici la médiation par le travail. La réalité externe a son influence dans les processus des investissements et contre-investissements. L’auteur se penche sur les adolescents avec des troubles de la personnalité et du comportement où les sujets sont soit dans le maintien suffisant de l’estime de soi avec des potentialités d’échanges avec les autres, soit  dans une voix qui les amènent à développer des conduites négatives d’autosabotage des potentialités. Je pense alors au groupe qui, en temps de non travail, ont évoqués des périodes de repli sur soi, de dépression, de manque de dignité etc.. Ainsi l’environnement est susceptible d’influencer l’appareil psychique : « la réalité externe apparaît comme une médiation possible susceptible de renforcer ou de désorganiser les structures de l’appareil psychique. Son rôle essentiel est de rendre narcissiquement tolérables les investissements objectaux et d’éviter ainsi une confrontation brutale au paradoxe énoncé précédemment.»  (Jeammet, 2004, p. 120).

Le groupe d’expression a permis de réunir les aspects positifs du travail comme l’ « épanouissement personnel » cité par M.D. Cette mise en évidence de plusieurs représentations sur les aspects positifs du travail permet à chaque membre d’investir ces représentations qui peuvent leur faire echo.

L’environnement parental, par exemple, peut-être une médiation dans le sens où les parents corrigent les attitudes concrètes des adolescents et contribuent  à nuancer et humaniser surmoi et idéal du Moi. Ils créent également des conditions d’un plaisir à fonctionner et échanger qui autorise l’adolescent à «  réinvestir libidinalement des liens objectaux. » (Jeammet, 2004). J’imagine alors les figures parentales, dans leur fonction d’autorité, substitué aux fonctions des moniteurs-éducateurs de l’institution.

Jeammet (2004) avance la notion d’objet transformationnel pour désigner l’apport de l’environnement. Ainsi, la médiation par l’environnement, offre un support, un appui sauvegardant des besoins d’investissements comme une image narcissiquement acceptable. Cette médiation permet une alliance narcissique basale qui rend possible un minimum d’échanges objectal tolérable avec un réinvestissement de ce qui demeure chez le sujet d’autoérotismes positifs, c’est-à-dire de plaisir à fonctionner sans l’émergence des conduites autodestructrices  comme moyen de se différencier de tenir l’objet à distance. L’établissement progressif d’une continuité relationnelle suffisamment tolérable et sécurisante permet de restaurer une trame narcissique psychique stabilisante. Selon l’auteur « Les aménagements de la réalité externe constituent une prévention de l’organisation des troubles de la personnalité et du comportement à l’adolescence.» (Jeammet, 2004, p. 124).

Cette approche vise à s’intéresser à l’importance des aménagements de la réalité externe et son rôle comme auxiliaire de l’appareil psychique favorisant ou empêchant le jeu des investissements et contre-investissements. «  ce qui est en jeu ce ne sont pas tant les contenus essentiellement déterminées par le monde interne des représentations  mais plutôt la portée dans l’économie psychique de ces contenus fantasmatiques, portée qui dépend en particulier de ce jeu des investissements et des contre-investissements ainsi que des effets de résonnance entre ces contenus fantasmatiques internes et cette réalité externe. » (Jeammet, 2004, p. 124). En effet, en ateliers, les postes sont adaptés et organisés pour chaque ouvrier en fonction de leurs capacités à travailler (en fonction de leur handicap, de leur préférence à travailler seul ou binôme) soit des aménagements adaptés. Concernant les contenus fantasmatiques,  je pense à Mme S qui aimerait travailler en tant que préparatrice de commande, mais surtout pour conduire le fenouick, outil susceptible d’être dangereux et dont les fourches peuvent faire « gravement mal ». Bon nombre d’ouvriers souhaitent aussi travailler en espace vert, car c’est un travail valorisant et représentatif de l’établissement, mais surtout pour éviter d’être maintenu à l’intérieur comme Mlle E qui aimerait bouger et sortir de son poste actuel (conditionnement).

La mission thérapeutique, est de proposer une alliance narcissique suffisantepour faire « contrepoids » à une insécurité interne trop importante et rendre tolérable l’établissement d’une relation et l’émergence d’une conflictualité, un accompagnement relationnel contenant. Il faut passer par l’établissement d’un cadre formé d’un réseau relationnel suffisamment dense afin de créer une mobilisation, une dynamique et éviter l’abandon ou la confrontation brutale du patient à la violence de ses besoins et suffisamment souple et ouvert pour que des choix et des refus soient possibles et qu’une créativité puisse naitre. (Jeammet, 2004). Le travail thérapeutique consiste aussi à, en plus de se centrer sur la seule réalité interne, passe par l’aménagement de la réalité externe de façon à « renforcer la capacité d’élaboration du moi et secondairement la progressive reconnaissance de sa réalité interne au fur et à mesure que se reconstitue un espace interne fait de représentations redevenues accessibles aux processus secondaires. »(Jeammet, 2004, p. 126). Ensuite s’ensuit un travail de réobjectalisation, le réinvestissement d’un espace psychique interne redevenu fonctionnel, qui permet l’intériorisation en particulier les autoérotismes amenant la qualité de plaisir. Le soin est vu comme la restauration de la capacité de l’appareil psychique à assurer ses fonctions de protection de l’individu en parvenant à gérer les conflits intrapsychiques sans se laisser entraver par les contraintes internes et externes. (Jeammet, 2004).

Arveiller, J.-P., Bonnet, C. (1991). Au travail. Les activités productives dans le traitement et la vie du malade mental. France : Erès.

Ducret-Garcia, A. (2011). Ouvriers en esat : des représentations professionnelles de métier hétérogènes. Empan, 83 (3), 130-138.

 Jeammet, Ph. (2004). Les aménagements de la séparation à l’adolescence : place des médiations. In B. Chouvier et coll. (Eds), Les processus psychiques de la médiation (pp.105-128). Pari : Dunod.

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